• Martin L. Sénéchal

Quelques miettes

J’ai emménagé dans mon appartement en juillet dernier. Un nouveau quartier que je connaissais à peine, mais qui est très accueillant, autant par sa beauté que par ses habitants. Travaillant de la maison, je sors rarement en semaine, mais j’ai pu quand même connaître mes voisins de dessus, un couple charmant qui sont arrivés au pays il y a six ans, directement de la Grèce. Nous nous sommes promis un souper amical bientôt.

J’ai choisi cet appartement parce qu’il est plus grand que le précédant et avec ma nouvelle réalité de télétravail, j’avais besoin d’une pièce complètement dédié à mon boulot. Cette pièce, c’est celle du fond, complètement isolée des autres, avec du soleil à partir de 11h. C’est parfait. J’ai la vue sur la ruelle, je ne suis pas dérangé par le bruit de la rue, et je peux admirer quelques arbres matures tout à côté, abritant une multitude de petits animaux et d’oiseaux.

De la fenêtre de mon bureau, j’ai remarqué qu’à chaque jour, à 8h, lorsque j’ouvre mon ordinateur, m’installant avec mon café et tout ce qu’il me faut, le vieil homme qui habite dans le triplex juste derrière chez-moi sort avec un sac de pain et en étend parterre, puis regarde vers le ciel. Outre le fait que ce soit toujours à la même heure, il n’y a rien que je trouvais de spécial au début. Puis, je me suis dit qu’il me faisait penser à un vieil homme seul qui doit avoir perdu son épouse et ces choses-là, ça m’atteint.

Le temps passe et j’ai finalement la chance de connaître un peu mieux Krystos et Anna, mes voisins du dessus, puisque notre souper promis est enfin arrivé. Ils tiennent à ce que ça se fasse chez-eux et la prochaine fois, je serai l’hôte. Pendant le repas, qui est excellent soit dit en passant, nous discutons de la vie dans ce quartier et je mentionne le vieil homme et son pain à tous les matins.

Krystos me dit alors de monter chez-lui le lundi suivant (nous étions samedi soir), à 8h, et d’observer le tout d’un autre angle. Je dois avouer qu’il a piqué ma curiosité…

Comme prévu, le lundi suivant, je me présente chez Krystos et Anna vers 7h45 (j’avais hâte…). Il m’offre même un espresso que j’accepte avec plaisir, et nous nous dirigeons vers la pièce du fond. Ils l’ont aussi aménagée en bureau.

Presqu’immédiatement, nous avons vu le vieil homme sortir. Puis, Krystos me dit : « Tu vois, il habite au deuxième étage. La, il va faire une forme avec les miettes de pain. Des fois c’est une fleur, des fois un soleil et là, tu vois, il est en train de faire un cœur… Attends de voir… (Plusieurs oiseaux se sont précipités sur les miettes de pain, presqu’instantanément. Et du deuxième, nous pouvions voir ces oiseaux former un immense cœur.) Et tu vois, il ne regarde pas au ciel, il regarde vers la fenêtre du deuxième. (À la fenêtre, on pouvait voir les rideaux se tirer et une vieille dame apparaître, en robe de chambre, le sourire heureux au visage, la main droite sur le cœur et de sa main gauche, elle envoie un baiser soufflé à son vieux mari.). C’est comme ça tous les matins, même la fin de semaine. M. Charest se lève toujours avant sa femme. Elle règle son réveil-matin à 8h puisqu’elle est diabétique et se doit d’avoir une routine stricte. Elle adore les oiseaux et il le sait. Puis, plus tard, ils vont marcher main dans la main au Parc Éthier. C’est la preuve que bien souvent, lorsqu’on regarde une situation d’un seul angle, on peut interpréter les choses moins clairement… »

Et j’ai même ajouté, bien humblement, que le fait que j’aie interprété la situation d’une façon plus négative et plus triste presque par automatisme n’est dû qu’à ma perception des choses. Et je me rends compte qu’il faut que je change ce point. Ma leçon dans tout ça, essayer de voir le beau en premier. Parce qu’il y en a, même dans des miettes de pain…

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